Auto-entreprise, EI, EURL, SARL, SASU, SAS : les sigles font peur, et beaucoup de créateurs réunionnais finissent par choisir un statut à la dernière minute, sur le conseil rapide d’un proche ou par défaut. Mauvais choix initial, c’est jusqu’à des milliers d’euros perdus en cotisations, en impôts ou en lourdeur administrative. Voici les clés pour décider en connaissance de cause.
Les 6 statuts à connaître
L’auto-entreprise (micro-entrepreneur)
Régime simplifié de l’entreprise individuelle. Comptabilité minimale, cotisations forfaitaires sur le CA, plafonds (188 700 € pour la vente, 77 700 € pour les services). Idéal pour démarrer une activité de service avec faibles charges. Détaillé dans notre article dédié au statut auto-entrepreneur à La Réunion.
L’entreprise individuelle (EI) au régime réel
Vous êtes seul, pas de capital, pas de statuts, mais une vraie comptabilité avec déduction des charges. Patrimoine personnel protégé depuis la loi de 2022. Cotisations sur le bénéfice, pas sur le CA. Choix logique quand on dépasse l’auto-entreprise mais qu’on ne veut pas (encore) créer une société.
L’EURL (Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée)
Une SARL avec un seul associé. Capital social librement défini (1 € possible mais déconseillé). Vous êtes « gérant majoritaire », affilié à la sécurité sociale des indépendants (ex-RSI). Permet de commencer seul puis d’ouvrir le capital à un associé sans changer de statut.
La SARL (Société à responsabilité limitée)
Société à 2 ou plusieurs associés. Le statut « classique » pour une PME familiale ou un projet à plusieurs. Gérance majoritaire = SSI ; gérance minoritaire ou égalitaire = régime salarié. Cadre juridique très encadré (rassurant pour beaucoup).
La SASU (Société par actions simplifiée unipersonnelle)
Une SAS avec un seul associé. Statut le plus utilisé par les start-ups, les consultants haut de gamme, les profils qui anticipent une levée de fonds ou une cession. Le président est assimilé salarié — cotisations plus élevées que le gérant SARL, mais protection sociale meilleure.
La SAS (Société par actions simplifiée)
Société à 2 ou plusieurs associés, très flexible dans ses statuts. Choix favori des start-ups en croissance et des projets ambitieux. Permet d’aménager finement la gouvernance, les droits de vote, les conditions de cession.
L’arbre de décision simplifié
- Vous lancez une activité de service à temps partiel ou en test, faibles charges → auto-entrepreneur.
- Vous lancez une activité avec investissement matériel ou stock significatif, mais seul → EI au régime réel ou EURL.
- Vous lancez à 2 ou plus, projet stable, pas de vision lever des fonds → SARL.
- Vous lancez seul mais avec ambition de croissance, recrutement, ou levée de fonds → SASU.
- Vous lancez à plusieurs avec une dynamique start-up → SAS.
Les 4 critères qui orientent vraiment le choix
1. Le niveau de chiffre d’affaires prévu
Si vous prévoyez moins de 50 000 €/an de CA en service, l’auto-entreprise est généralement la plus efficace fiscalement et administrativement. Au-dessus, le calcul devient plus serré et les autres statuts deviennent compétitifs.
2. Le poids des charges et investissements
Si vos charges représentent 30 % ou plus de votre CA prévisionnel, oubliez l’auto-entreprise. Les régimes réels (EI, EURL, SASU) vous permettront de déduire ces charges et de payer cotisations et impôts uniquement sur le bénéfice net.
3. La protection sociale souhaitée
- SSI (régime indépendants) : auto-entrepreneur, EI, EURL gérance majoritaire, SARL gérance majoritaire. Cotisations plus faibles, protection plus légère (notamment retraite et indemnités journalières).
- Assimilé salarié : SASU président, SAS président. Cotisations plus élevées (jusqu’à 80 % du salaire pour certains plafonds), protection sociale équivalente à un cadre salarié.
L’écart de cotisations entre les deux régimes peut représenter 10-20 % de plus pour le SASU à revenu équivalent. C’est le prix d’une meilleure couverture sociale.
4. La perspective d’évolution
Vous pensez ouvrir le capital à un associé dans 2 ans ? Recruter des salariés ? Lever des fonds ? Céder l’entreprise ? Anticipez. Une SASU se transforme facilement en SAS, mais un changement EI → société oblige à de la transmission d’éléments d’actif (parfois fiscalement coûteuse).
Le coût de création comparé
- Auto-entreprise : gratuite, 24-72h.
- EI au réel : gratuite, 24-72h.
- EURL/SARL : 200-500 € (annonces légales, immatriculation) si vous le faites vous-même, 800-1 500 € via expert-comptable ou plateforme.
- SASU/SAS : 200-500 € en autonomie, 800-2 000 € via accompagnement.
À ces frais s’ajoutent : capital social (libéré au minimum à 20 %), tenue de comptabilité (1 200 à 4 000 €/an pour une société selon volume), assurance professionnelle.
Le piège de la décision sans accompagnement
Choisir son statut sur la base d’un article de blog (oui, y compris celui-ci) est risqué. Les règles fiscales et sociales évoluent, les cas particuliers sont nombreux, et les enjeux financiers sur 5 ans peuvent être considérables.
À La Réunion, plusieurs ressources gratuites ou peu chères existent pour vous accompagner : BGE Réunion, Initiative Réunion, la CCI Réunion, la CMA Réunion. Une heure avec un conseiller spécialisé vaut mieux que des dizaines d’heures à éplucher des forums. C’est gratuit, alors c’est dommage de s’en priver.
Pour explorer plus largement les aides à la création disponibles à La Réunion en 2026, consultez notre guide complet ou notre article dédié à l’ACRE et l’ARCE qui s’appliquent quel que soit le statut choisi.


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