Quand on crée son entreprise à La Réunion, deux dispositifs nationaux sont à activer en priorité parce qu’ils peuvent représenter plusieurs milliers d’euros d’économies ou de capital : l’ACRE (exonération partielle de cotisations sociales) et l’ARCE (versement en capital de vos allocations chômage). Ils ne sont pas exclusifs, mais ils n’ont pas les mêmes conditions ni les mêmes effets. Décortiquons.
L’ACRE : exonération de cotisations la première année
Ce que c’est
L’Aide aux Créateurs et Repreneurs d’Entreprise est une exonération partielle de cotisations sociales pendant la première année d’activité. Elle réduit votre coût social de démarrage et améliore votre trésorerie en début d’aventure.
Qui peut en bénéficier
Le dispositif vise les profils éligibles définis par le code de la sécurité sociale, notamment :
- Les demandeurs d’emploi indemnisés par France Travail.
- Les demandeurs d’emploi non indemnisés inscrits depuis 6 mois sur les 18 derniers.
- Les bénéficiaires du RSA, de l’ASS ou de l’ATA.
- Les jeunes de 18 à 25 ans (et jusqu’à 29 ans pour les personnes en situation de handicap).
- Les personnes qui créent leur entreprise dans un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV).
- Les bénéficiaires de la prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE).
À La Réunion, la majorité des créateurs entrent dans au moins une de ces catégories au moment du lancement.
Le montant de l’aide
Pour les auto-entrepreneurs, l’ACRE prend la forme d’une réduction de 50 % du taux de cotisations sociales pendant les 12 premiers mois d’activité. Pour un consultant en BNC qui paye normalement environ 21 % de cotisations, le taux tombe à environ 10,5 %. Sur un CA de 30 000 € la première année, cela représente environ 3 000 € d’économies.
Pour les autres statuts (EI, EURL, SARL, SASU), l’ACRE prend la forme d’une exonération partielle voire totale (selon revenus) de certaines cotisations sociales du dirigeant pendant 12 mois.
Comment la demander
Pour les auto-entrepreneurs, la demande est faite directement au moment de la déclaration d’activité via le formulaire dédié. Pour les autres statuts, c’est l’URSSAF qui calcule l’exonération automatiquement à partir des informations de création.
Délai pour demander : 45 jours à compter de la création pour les auto-entrepreneurs. À ne pas oublier — passé ce délai, l’aide est perdue.
L’ARCE : votre chômage versé en capital
Ce que c’est
L’Aide à la Reprise et à la Création d’Entreprise est versée par France Travail aux demandeurs d’emploi indemnisés qui créent ou reprennent une activité. Au lieu de continuer à percevoir leurs allocations chômage mensuelles, ils touchent 60 % du reliquat de leurs droits en deux versements (l’un au démarrage, l’autre 6 mois plus tard sous condition que l’activité existe toujours).
Qui peut en bénéficier
- Vous devez être inscrit à France Travail comme demandeur d’emploi.
- Vous devez avoir des droits ouverts à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE).
- Vous devez avoir obtenu l’ACRE.
- Vous créez ou reprenez une entreprise et vous en avez le contrôle effectif.
Comment ça marche concrètement
Imaginez un cadre licencié à La Réunion qui touche 1 800 € net d’ARE par mois pendant 24 mois (soit 43 200 € de droits totaux). S’il crée son entreprise après 6 mois, son reliquat est de 32 400 € (18 mois × 1 800 €). Avec l’ARCE, il peut toucher 60 % de ce reliquat, soit environ 19 440 €, en deux versements de 9 720 €.
C’est un capital de démarrage non-négligeable pour financer du matériel, du stock, ou simplement vivre les premiers mois où le chiffre d’affaires est faible.
ARCE ou maintien des allocations ? Le choix crucial
Vous avez le choix entre :
- L’ARCE (capital en deux versements de 60 % du reliquat).
- Le maintien partiel de l’ARE (vous continuez à toucher vos allocations chaque mois, ajustées à la baisse en fonction des revenus de votre nouvelle activité).
Lequel choisir ? Cela dépend de votre activité prévue.
- Activité avec besoin d’investissement initial (achat de matériel, stock, locaux) : ARCE généralement plus intéressante.
- Activité de service à montée en charge progressive (consulting, coaching, freelance) : maintien des allocations souvent plus rémunérateur sur la durée totale.
Faites les calculs avec votre conseiller France Travail. Le choix est définitif et engage la suite. Une simulation honnête évite les regrets.
Cumuler ACRE + ARCE : la stratégie classique
Les deux dispositifs sont cumulables et c’est la combinaison la plus courante chez les créateurs réunionnais issus du chômage. Vous obtenez :
- Un capital de démarrage (ARCE) qui couvre vos premiers mois.
- Une réduction de cotisations sociales (ACRE) pendant 12 mois qui améliore votre trésorerie.
L’effet combiné est significatif : pour un projet à La Réunion qui démarrerait sans ces dispositifs, le besoin de financement initial peut être divisé par deux ou trois grâce à ce duo.
Les pièges à éviter
- Oublier de demander l’ACRE dans les 45 jours (auto-entrepreneurs). L’aide est perdue passé ce délai.
- Ne pas vérifier son éligibilité : créer son entreprise sans avoir vérifié son éligibilité à l’ACRE peut faire passer à côté.
- Choisir l’ARCE sans simulation : pour une activité de service, le maintien d’ARE est parfois 30-50 % plus rémunérateur sur la durée totale.
- Ne pas déclarer son activité à France Travail : obligatoire et contrôlé. La radiation sans déclaration entraîne le remboursement.
Démarches concrètes
- Avant la création : prendre RDV avec un conseiller France Travail pour étudier vos droits et faire les simulations ARCE/maintien.
- Au moment de la création : demander l’ACRE (formulaire dédié pour auto-entrepreneurs, automatique pour autres statuts).
- Après la création : déposer la demande d’ARCE auprès de France Travail avec votre Kbis ou attestation d’immatriculation.
Pour explorer les autres dispositifs spécifiques à La Réunion (Initiative Réunion, BGE, ADIE, dispositifs régionaux), consultez notre guide complet des aides à la création d’entreprise à La Réunion.


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